Interview : une Franco-Laotienne à Vientiane

 

A., qui tient le blog My Little Vientiane, est l’une de mes plus belles amitiés en Asie. Nous nous sommes rencontrées à Vientiane fin 2013 alors que nous travaillions dans le même bâtiment. Très vite, nous sommes devenues copines, complices, amies… Se sont enchaînés de nombreuses soirées, des après-midi au spa, de longues discussions au café, des rires, des larmes, des voyages, des virées shopping à Udon Thani, des retrouvailles à Bangkok… Bref, avec A., on partage un million de souvenirs et notre amitié n’est pas prête de s’arrêter !

J’ai toujours été intriguée par sa double culture franco-laotienne. Aujourd’hui, elle a gentiment accepté de répondre à mes questions sur son histoire, sa vie à Vientiane, et son amour pour le Laos.

Bonne lecture !

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Peux-tu nous raconter ton histoire avec le Laos ?

Je suis née d’un papa d’origine Vietnamienne (mais né au Laos) et d’une maman Laotienne.

Toute ma vie, j’ai côtoyé des Laos, j’ai parlé et j’ai mangé Lao. C’était un peu un « concept », mais je me souviens avoir toujours été assez « fière » d’avoir pour origine un pays qui n’était que très peu connu.

En parlant de langue, je me souviens que nos parents nous demandaient de parler Lao à la maison, disant que c’était nos racines et les leurs, que ça faisait partie de l’héritage à conserver. Aujourd’hui, je ne peux que les remercier.

Il y avait cette Association Laotienne dans ma ville, qui m’a permis de rencontrer mes super « copines du dimanche »  comme j’aimais les appeler, avec lesquelles j’ai appris les gestes de la danse traditionnelle Lao, sur des musiques qu’il m’arrive encore d’entendre aujourd’hui au Laos.

Ma première visite au Laos remonte à 1990, alors que je n’avais que 3 ans, puis en 1993, et la dernière date de 2006. Autant te dire que je garde très peu de souvenirs des deux premières visites, même si des flashs me reviennent, et que les photos m’aident à me souvenir. Pour celle de 2006, j’étais ici en vacances : rien à voir avec vivre ici, bien entendu. Là encore, des périodes restent floues, mais j’avais gardé un bon souvenir de ce voyage.

Voilà mon histoire avec le Laos : à 10,000 km de chez moi, le Laos a toujours fait partie de ma vie.

 

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A. et sa petite soeur dans la maison de leur grand-père à Vientiane, 1990 / Crédit : My Little Vientiane

Qu’est-ce qui t’a poussé à « rentrer » au Laos ? Est-ce que tu l’as vécu comme une opportunité professionnelle ou un retour aux sources ?

Je voulais une expérience à l’étranger mais je dois avouer que j’étais assez frileuse à l’idée de quitter la France et, bien entendu, le cocon familial. Pendant mes recherches, qui se focalisaient sur les stages et les VIE (Volontariat International en Entreprise) principalement, le choix s’est porté d’abord sur l’Europe, puis sur l’Asie.

Pour être honnête, il n’y avait rien de vraiment intéressant au Laos, du moins sur les sites sur lesquels j’avais navigué – s’il y a 5 ans, j’avais connu toutes ces pages Facebook et autres sites locaux, ma vie aurait tout à fait pu ressembler à autre chose !

Malgré le peu d’opportunités, le Laos s’est toutefois assez rapidement et naturellement imposé : c’est là que je voulais tenter ma chance.

Finalement, c’est mon oncle, basé ici à Vientiane, qui m’a mis en contact avec une de ses connaissances. Cette dernière me présenta à la personne qui me proposera un stage de 3 mois. Le Laos pour un stage de 3 mois ? Ça semblait un bon compromis.

Quelques mois plus tard, mes 33 kg de valises, mon ordinateur portable en bandoulière et moi-même, nous voilà à l’aéroport de Wattay.

Alors, oui, l’opportunité professionnelle est ce qui m’a fait venir au Laos. La volonté de retourner aux sources est sûrement la raison qui m’a poussée à postuler.

Aujourd’hui, le Laos est ma deuxième maison. La France restera toujours mon chez moi, peut-être même qu’un jour, j’y retournerai. Mais aujourd’hui, je construis ma carrière ET bâtis ma vie ici, à Vientiane.

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Vientiane / Crédit : My Little Vientiane

Qu’est-ce qui t’a le plus surpris ici quand tu es revenue au pays il y a 5 ans ?

A vrai dire, je ne savais même pas à quoi m’attendre… Je ne visualisais pas du tout le Laos, tant en termes d’architecture qu’à ce à quoi ma vie ressemblerait ici.

Mais je crois que ce qui m’a le plus surpris, c’est que le Laos et ce que j’en connaissais de France n’avait rien à voir.

Aujourd’hui encore, il y a pleins de choses qui me sont inconnues, qui restent incomprises dans mon esprit, mais pour être tout à fait honnête, les Laos m’apprennent quelque chose tous les jours. Pour rester sur une note positive, et même si cela fait rire 99% des expats, leur philosophie du « bor pen yang » (comprendre « ce n’est pas grave », « il n’y a pas de problème ») a été une révélation pour moi.

Remettre les choses en perspective, relativiser : voilà une de leurs plus belles leçons.

Quelle relation entretiens-tu avec ta double culture ?

Comme je l’écris un peu plus haut, j’ai toujours ressenti une certaine fierté d’être Lao. Bien entendu, en France, je suis Française (pour la plupart des gens)… Mais à la maison, on parle Lao – enfin, du FranLao, mais on a aussi nos habitudes « Lao ».

Il est parfois difficile de se faire comprendre, car malgré un physique asiatique, je ne réfléchis pas forcément comme des Laos, ni complètement comme une Française. Pour les Expats ici, je suis Lao ; pour les Laos, je suis une Falang (désigne les étrangers ici au Laos, mais à l’origine, le mot vient bien du mot « France »).

J’ai lu sur le blog d’une métisse une phrase assez juste et si évidente une fois lue : « je ne suis ni l’une ni l’autre de mes origines. Je suis à la fois […] et […]. Le métissage est une force, et il n’est pas nécessaire de faire un choix. » Bon, je ne suis pas métisse mais tu as compris l’idée !

Quelle qualité préfères-tu chez les Laotiens ?

Comme je te disais plus tôt, leur nonchalance : « bor pen yang », ce leitmotiv est bien propre aux Laos. Et, si parfois cela me rend dingue, j’admire cette qualité à laisser les choses se faire ou aller d’elles-mêmes. Ça permet de relâcher un peu, on se rend compte que de vouloir garder le contrôle sur tout, et tout le temps, ou de dramatiser pour des choses finalement pas très grave, ça ne nous sert à rien ; au contraire, ça nous dessert la plupart du temps.

Quels sont selon toi les avantages à vivre au Laos ?

Sur un plan professionnel, c’est un excellent tremplin, en termes de poste et de responsabilité à proprement au Laos. Je suis devenue Manager à 26 ans, aujourd’hui à 32, je me sens mature. Mais surtout chanceuse d’avoir eu l’opportunité d’évoluer dans un environnement complètement différent, d’apprendre des compétences dans un marché plutôt dynamique et d’avoir côtoyé certaines personnes très douées et inspirantes.

Ça l’est aussi si tu souhaites travailler dans la région, je crois. En tous cas, ça a été le cas pour mes amis, toi compris !

Côté perso, on y vit bien. Réputée pour être très calme à côté de ses mégalopoles voisines, on trouve des avantages à y circuler facilement pour se rendre à tel ou tel endroit, à aller au bureau, aller faire ses courses ou organiser des pique-niques dans les alentours.

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Crédit : My Little Vientiane

Peux-tu nous décrire ton week-end idéal à Vientiane ?

J’aime beaucoup commencer mon week-end avec un Happy Hour, après le boulot.

Samedi matin, c’est café et muffin à la banane ou un khao piaek (soupe de nouilles de riz), enchaîné ensuite sur une séance de sport (j’ai la salle à moi tout seule quasiment le samedi matin ☺). Ensuite, un déjeuner léger lunch ou brunch avec soit le petit mari, soit les copains.

Le samedi après-midi, c’est plutôt courses, lessive, shopping, blogging. C’est un peu la journée « tranquillou ».

Dimanche, c’est généralement sortie en campagne et courses, mais surtout, massage le soir !

En résumé, le week-end idéal inclut beaucoup de café, beaucoup de fous rires si possible, et un massage Lao !

 

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Lao Mekong Massage / Crédit : My Little Vientiane

Quel est l’endroit à visiter absolument quand on vient au Laos selon toi ?

Il y a bien évidemment pleins d’endroits à visiter au Laos, beaucoup de cascades notamment, des plantations de café, des centres de production textile locale…

Mais j’ai eu un gros gros coup de cœur pour le Namkat Yorlapa : un resort dans le Nord du Laos. Si vous souhaitez couper du quotidien, de la pression, de la ville, foncez-y !

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La piscine du Namkat Yorlapa Resort / Crédit : My Little Vientiane

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Un immense merci à A. d’avoir répondu à mes questions !

N’hésitez pas à la suivre sur Instagram, Facebook, et bien sûr sur son blog : www.mylittlevientiane.com

2 commentaires sur “Interview : une Franco-Laotienne à Vientiane

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