Carnet de rail : 39h en train de Saïgon à Hanoï

J’ai réalisé un de mes rêves : j’ai enfin traversé le Vietnam en train ! 39h seule à bord du train « Express de la Réunification », la plus longue ligne de chemin de fer au Vietnam (1 726 km). Alors, pour ne rien vous cacher, j’appréhendais l’ennui, le manque de confort et d’hygiène… et pourtant, j’ai a-do-ré chaque instant de ce voyage pour le moins atypique ! Le trajet est finalement passé plus vite qu’attendu, et j’en ai pris plein les yeux, entre plaines, rizières, montagnes et littoral… des paysages magnifiques et des scènes de vie authentiques comme je les aime tant en Asie.

Dans cet article, je vous partage le pourquoi du comment, les raisons qui m’ont poussée à faire ce long trajet seule, le récit complet de mes 39h à bord et toutes les informations utiles et mes conseils si vous souhaitez tenter l’expérience ! J’espère très sincèrement que ce billet vous inspirera, bonne lecture !

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Pourquoi ce voyage ?

J’adore voyager en train. Voilà plusieurs années que je rêve de faire le Transsibérien de Moscou à Vladivostok, mais voilà, ce n’est pas un voyage qui s’organise à la dernière minute, il faut du temps devant soi, sans parler de la pandémie mondiale et autres raisons évidentes qui me font repousser ce grand voyage à plus tard. Du coup, je me suis dit « pourquoi ne pas commencer avec ce que tu as sous la main ».

Avec son large réseau ferroviaire, le Vietnam se prête parfaitement aux longues distances en train. C’est un excellent moyen pour (re)découvrir le pays d’une autre façon, en prenant son temps. Ce périple au goût de slow travel est arrivé à une période où j’ai ressenti le besoin de ralentir le rythme, de me recentrer pour mieux m’ancrer. Avec ce train qui roule en moyenne à 50 km/heure, je suis dans les clous ! Et comme disait Robert Louis Stevenson, « L’important, ce n’est pas la destination, c’est le voyage. »

Deux jours seule à bord d’un train vietnamien sans s’arrêter, c’est idéal pour sortir de sa zone de confort ! On apprend toujours beaucoup quand on repousse ses propres limites et on apprécie d’autant plus le confort ensuite, ça permet de relativiser sur pas mal de choses et de mieux se connaître soi-même.

C’est aussi un excellent moyen d’être en immersion totale avec les Vietnamiens, de faire des rencontres surprenantes et inattendues malgré la barrière de la langue. Vous le verrez plus bas dans mon récit, j’ai eu du mal à communiquer, mais c’était tout de même très enrichissant !

Petite histoire du train au Vietnam

Financée en partie par la Banque d’Indochine et d’autres industriels français, elle a été construite par les colons dans les années 1930 et a été mise en service pour la première fois en 1936. Le but était de relier la Cochinchine du sud du Vietnam au Tonkin du nord, sur fond de conventions franco-chinoises.

Un timbre-poste commémoratif est édité en 1938, soulignant cette nouvelle fierté de la France coloniale.

La ligne a souffert des diverses guerres que le pays a connues et a repris du service à la fin des années 1990. Aujourd’hui, le train fonctionne toujours avec d’antiques locomotives diesel-électriques et est surnommé TGV « Train à Grande Vibration » !

Maintenant que vous connaissez mes raisons et le contexte, laissez-moi vous embarquer à bord !

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Tout commence à 20h au 1, rue Nguyen Thong, gare centrale de Saïgon. Je viens d’arriver en taxi avec mon petit sac-à-dos, très excitée de ce grand départ. J’achète 2-3 derniers snacks avant d’embarquer.

Source : Vietnam Railways

Le chef de cabine a l’amabilité d’une porte de prison. Même avec son masque, je peux deviner qu’il ne sourit pas. Il vérifie mon billet avant de me lancer un regard suspicieux. Il doit penser que je suis folle ou que je ne connais pas bien les distances dans ce pays.

Voiture 6, couchette 6. J’ai le plaisir de découvrir que j’ai une couchette en bas, tant mieux, ça sera plus pratique pour en sortir, j’ai du coup une vue directe depuis la fenêtre et j’ai accès à la tablette qui me sépare de la couchette d’en face. Moins de plaisir à découvrir que la couchette souple est en réalité plutôt dure… je m’y ferai !

Tout le monde s’installe dans un joyeux brouhaha, on se croirait au départ d’une colonie de vacances. Il y a de tout : des familles, des gens seuls, des personnes âgées.

Un Vietnamien d’une cinquantaine d’années entre dans la cabine. Ni une, ni deux, il retire ses chaussures, grimpe sur la banquette au-dessus de la mienne, se love sous sa couverture tout habillé et s’endort. Ouf, je préfère ça qu’une famille bruyante ou qu’un compagnon de voyage qui va passer son temps sur son téléphone à plein volume. Il faudra par contre repasser pour papoter un peu.

Comme attendu, le confort est sommaire. Il y a très peu d’espace pour ranger ses bagages, ce qui ne me dérange pas tant que ça vu que j’ai un petit sac-à-dos, mais la plupart des gens voyagent avec de grosses valises, des boites en carton, des sacs à n’en plus finir… Le long week-end du 1er mai commence dans deux jours, j’imagine que ces gens partent retrouver leurs familles dans les campagnes et leur apportent des tas de cadeaux (surtout de la nourriture). Les lavabos sont encore propres, mais les toilettes (1 par wagon) sentent déjà la pisse – désolée pour les détails !

Un petit garçon passe sa tête par la porte et me lance un timide « Hello!« . 1 minute plus tard, il revient et me demande “Are you alone?” À peine ai-je répondu qu’il déguerpit en rigolant sans attendre.

À la première gare, un jeune couple vient nous rejoindre et s’installe sur la même banquette en bas, en face de moi. Ils sont mignons tous les deux. 

La première nuit se passe sans embûche, je suis bercée par le roulement des rails… on ne voit pas grand-chose depuis la fenêtre, ça attendra le lendemain.

Réveil au naturel à 5h40, et il y a déjà de l’agitation dans le train ! Les gens vont se laver la figure, ça grignote, ça papote dans les cabines et dans le couloir. Dehors aussi, la journée commence tôt. On peut déjà voir des agriculteurs au travail, des paysans menant leurs buffles, des écoliers à vélo, des commerçants ouvrir leurs échoppes…

Nous commençons la journée un peu avant Quy Nhon et les paysages sont déjà très différents de la région de Saïgon. Des plaines, des rizières à perte de vue et au fond, une chaîne de montagne. C’est très beau et j’en prends plein les yeux !

Les gares sont toutes aussi uniques que belles et colorées. À chaque arrêt, c’est le même scénario, des gens à la queue leu-leu qui se croisent pour débarquer ou embarquer à bord du train. Notre chef de cabine fait alors le tri et remplace à la vitesse éclair les draps, couvertures et oreillers pour les nouveaux arrivants.

À chaque pause dans une gare, c’est le défilé des mamies qui montent à bord du train pour vendre leur nourriture : raisin, mangue, pomme, soupe de poulet, biscuits de riz… et des boissons (café, thé et sodas). Elles dirigent leur chariot plein dans l’étroit couloir, ouvrent les portes des cabines une à une et crient ce qu’elles ont à vendre dans l’ouverture de la porte. C’est un sacré marché ambulant !

Après la pause déjeuner, on sent un peu de lassitude générale… Certains font la sieste, d’autres regardent par la fenêtre, le regard un peu brumeux.

Les paysages sont magnifiques. Difficile de prendre des photos, ça défile à toute allure, mais je me régale de ces peintures bucoliques. De temps en temps, nous croisons un temple ou un cimetière.

Le jeune couple nous quitte à Quang Ngai, aussitôt remplacé par un autre jeune couple avec un petit garçon. Ils vont jusqu’à Hué. Le papa parle un peu anglais, il me dit fièrement qu’il est banquier, ils habitent à Hué et rendent visite à sa belle-famille à Ninh Binh.

Enfin, en milieu d’après-midi, nous approchons de Danang, la plus grande ville du centre du Vietnam qui se situe entre deux autres villes très touristiques : Hoi An au sud et Hué au nord. Le trajet depuis Danang jusqu’à Hué en passant par le Hai Van Pass et le « col des nuages » est celui que j’attendais le plus, car il est réputé être parmi les plus beaux au Vietnam. J’avais déjà fait le Hai Van Pass en moto, cette route qui serpente le long de la côte et offre des panoramas magnifiques. Il y a beaucoup de végétation sur le trajet, ce qui m’empêche de prendre de belles photos et de trouver des points de vue dégagés, mais la route est incroyable. Tout le monde a les yeux collés aux grandes fenêtres pour admirer le spectacle. À chaque tournant, le petit garçon en face de moi s’amuse à lancer un grand « wow » avant de guetter ma réaction.

En fin de journée, juste à temps pour le coucher du soleil, nous arrivons à Lang Co, connu pour son lagon calme et son village de pêcheurs. Encore une fois, le spectacle est magnifique !

Après cette belle journée, je m’enfile un bol de nouilles instantanées et me prépare pour la deuxième nuit à bord.

Le lendemain matin, nouveau réveil à 5h40, juste avant d’arriver à Ninh Binh. Rien à voir avec les paysages du centre et du sud du Vietnam, nous sommes au cœur des collines et monts karstiques. La région de Ninh Binh est d’ailleurs surnommée la « baie d’Halong terrestre » pour ses paysages évocateurs.

La famille descend et je me rends compte qu’un jeune moine est arrivé dans la nuit au-dessus de moi. Nous papotons comme on peut avec Google Translate. Il a 26 ans et se rend à Hanoï pour étudier dans une école bouddhiste pendant 4 ans. Il est très beau avec sa toge brune et son petit bonnet en laine. Il se place à la fenêtre pour admirer le paysage et tapote quelques phrases sur son téléphone avant de me les poser avec un grand sourire. Il m’offre une brioche et nous savourons notre petit-déjeuner de fortune assis l’un en face de l’autre en regardant les paysages défiler. C’est magique de terminer le voyage avec cette rencontre !

En comparant nos arrêts en gare et les horaires, je me rends compte que nous avons deux heures de retard, mais j’imagine que ça ne compte pas vraiment sur un trajet prévu pour 37 heures ! Nous quittons petit à petit les montagnes pour se rapprocher lentement de la ville dynamique de Hanoï. Nous traversons la fameuse « train street » qui passe en plein centre-ville au ras des habitations.

Après 39 heures de voyage, le train arrive enfin en gare d’Hanoï ! C’est l’émotion ! J’aide mon copain le moine à porter sa valise jusqu’au quai avant de sortir pour réserver ma moto-taxi qui me conduira dans un hôtel dans le vieux quartier historique de la capitale. La fin d’un merveilleux voyage atypique dont je me souviendrai longtemps…

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Quel train choisir ?

Il existe 4 trains quotidiens différents sur cette ligne : SE2, SE4, SE6 et SE8. Le trajet dure entre 33 et 37 heures. Dans chaque train, il existe 4 niveaux de confort :

  • Siège rigide (en bois) : le moins confortable, mais le plus économique et le plus authentique !
  • Siège souple : pas mal pour les courts trajets comme Danang – Hué ou Hanoï – Ninh Binh. Conseil : asseyez-vous du côté droit du train pour avoir la meilleure vue sur la côté pendant la traversée du Hai Van Pass.
  • Couchette rigide (6 par cabine) : ok pour les trajets de nuit, mais on peut vite se sentir très à l’étroit…
  • Couchette souple (4 par cabine) : l’option la plus confortable, idéale pour les trajets de nuit !

Toutes les cabines sont climatisées et disposent de toilettes et lavabo (1 par wagon). Les cabines avec couchettes sont équipées avec un oreiller, un drap, une couverture, une lampe de lecture individuelle. L’espace réservé aux bagages est limité (d’où l’intérêt de voyager léger) et il n’y a qu’une prise par cabine pour recharger son téléphone. Les cabines sont aussi équipées de distributeur d’eau froide et chaude, pratique pour se faire un thé/café ou pour les nouilles instantanées.

Pour ce long trajet, je ne me suis pas posé de question, j’ai tout de suite opté pour la couchette souple. Le temps de trajet m’importait peu, mais je voulais absolument traverser le centre du Vietnam (réputé pour être le plus beau tronçon) de jour. Après avoir comparé les horaires en ligne, j’ai choisi le SE4 et ai réservé mon billet directement en ligne.

Comment réserver son billet ?

Rien de plus simple ! Vous pouvez réserver et payer votre billet directement en ligne sur le site Vietnam Railways. Vous recevrez la confirmation par email et le billet électronique environ 10-15 jours avant le départ.

Voilà une idée des horaires, durées et tarifs :

Sachez que vous pouvez aussi très bien acheter votre billet directement à la gare ou auprès de votre hôtel.

Bon à savoir :

  • Périodes de pointe : si vous comptez voyager en période de pointe (vacances, fêtes locales, Nouvel an vietnamien…), je vous conseille de réserver votre billet bien à l’avance. Je suis partie juste avant un long week-end au Vietnam et le train était plein sur toute la durée.
  • Bagages inclus : 20 kg par adulte et 10 kg par enfant.
  • Voyager avec des enfants : gratuit pour les enfants de moins de 2 ans, réduction pour ceux âgés de 4 à 9 ans (25 % pour les couchettes et 50 % pour les sièges), tarif adulte à partir de 10 ans.
  • Vélo / scooter : il est possible de voyager avec son vélo, son scooter ou sa moto, moyennant un supplément. Il suffit d’arriver en avance et de vider le réservoir de la moto.
  • Se restaurer à bord : il y a un service ambulant environ toutes les heures avec des snacks, fruits, boissons (thé, café, sodas – l’alcool est interdit à bord). À chaque arrêt en gare, il y a aussi des vendeurs ambulants qui montent à bord du train pour vendre leurs fruits, snacks, etc.
  • À emporter : je vous conseille de voyager léger (si possible), un petit sac-à-dos suffit. Personnellement, j’avais prévu : 2 tenues de rechange confortables (legging et T-shirt ample), un pull léger (j’avais peur d’avoir froid avec la clim, mais ça n’a pas été le cas), de quoi grignoter, une gourde, de quoi m’occuper (livre, podcasts et playlists pré-téléchargés) et une mini trousse de toilette avec le strict nécessaire (brosse à dent, dentifrice, lingettes, gel désinfectant…).

Liens utiles :

  • vnrailways.com : site vietnamien en anglais pour comparer les horaires/tarifs, réserver et payer son billet en ligne (Visa et MasterCard).
  • baolau.com : un autre site en anglais, mêmes services que le précédent.
  • seat61.com : site d’information ferroviaire en anglais, très complet et super utile ! Pour tout savoir sur les trains au Vietnam, c’est par ici.
  • « À Hanoï, un train rase les murs de ruelles étroites », article de Florian Colas sur la fameuse « train street » à Hanoï

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J’espère que ce voyage en train vous aura plu et donné envie de le faire à votre tour ! Si vous avez des questions, n’hésitez pas à me les poser en commentaire, et je vous invite vivement à me rejoindre sur Instagram et Facebook pour suivre mes aventures au quotidien !

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