L’interview de Florent, après son tour du monde

Me voilà de retour sur le blog pour vous présenter le premier article d’une toute nouvelle catégorie sur laquelle je travaille depuis des mois : les interviews de voyageurs. C’est vraiment le genre d’articles que j’aime lire sur les blogs et sur internet en général, et comme j’ai la chance d’être entourée d’incroyables personnes, aux profils tous très différents et parfois atypiques, mais qui partagent cette même passion commune du voyage, je me suis dit : pourquoi ne pas vous les présenter ?

On commence aujourd’hui par une personne que j’apprécie tout particulièrement puisqu’il s’agit de mon meilleur ami, Florent.

Flo - Désert Thar
Florent dans le désert du Thar, dans l’État du Rajasthan en Inde

Ensemble, nous avons :

  • Traversé l’école depuis le collège, puis les études avec ses réussites et ses échecs
  • Fait les fêtes de village dans le sud de la France tous les étés (vive les apéro-mousse !)
  • Grimpé le pic Saint Loup le matin d’un 1er janvier, encore assez éméchés
  • Travaillé dans un camping 5 étoiles, lui au restaurant, moi à la réception (avec course de voiturette de golf à travers le camping à la clé)
  • Passé des soirées entières à partager nos craintes, nos doutes, nos envies et nos rêves, sans jamais avoir peur du regard de l’autre
  • Voulu découvrir la nouvelle vie de l’autre, en Ecosse puis en Birmanie
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Florent dans le train circulaire lors de sa visite à Yangon

Après des études entre la France et Edimbourg, un premier boulot dans le marketing administratif à Amsterdam, Florent décide de tout plaquer en mars 2015 et part faire le tour du monde en solitaire pendant 1 an, en septembre 2016. Au programme : Inde, Japon, Chine, Vietnam, Cambodge, Myanmar, Nicaragua, Colombie, Equateur, Pérou et Bolivie.

Vous voulez en savoir plus ? Alors, c’est parti pour l’interview !

Beaucoup de gens (moi y compris) rêvent de faire un tour du monde, mais la décision ne semble pas aussi simple. Quel a été pour toi l’élément déclencheur pour te lancer dans cette aventure ?

Quand j’étais à Amsterdam, j’avais un boulot qui ne me plaisait pas du tout. Je me suis retrouvé à la fin du remboursement de mon prêt étudiant et je me suis dit que si je rentrais en France pour un emploi saisonnier assez bien payé tout en restant chez mes parents, je pourrais économiser pour mon tour du monde. Comme c’était un rêve depuis longtemps, je me suis dit « vas-y, fonce ! ».

La décision n’était pas facile à prendre, d’abord de quitter Amsterdam parce que j’adorais la ville et j’avais ma vie là-bas, et ensuite de partir seul. D’un autre côté, je n’avais rien à perdre et je savais que l’expérience allait m’apporter beaucoup plus que de ne pas la faire !

Tu as choisi de partir seul, pourquoi ce choix ?

C’est assez simple, cela faisait plusieurs années que j’avais ce projet de tour du monde en début de trentaine et pour moi, c’était toujours assez clair de partir seul.

Partir en couple est le plus commun, mais je trouvais un peu compliqué de trouver quelqu’un qui veuille faire le même tour du monde que moi, avec les mêmes critères de temps et de budget. C’est aussi ça qui m’a fait sauter le pas, je n’avais personne à Amsterdam et donc rien qui me retenait au niveau sentimental.

Si j’attendais les autres, je ne l’aurais jamais fait et la consolation que je me trouvais c’était aussi que j’ai toujours eu la conviction que partir seul serait une expérience bien plus enrichissante que d’être à deux ou à plusieurs.

Comme j’étais un peu perdu et que je ne savais pas quoi faire dans ma vie, je me suis dit que c’est ce qui allait m’apporter le plus, je voulais vraiment partir seul pour me découvrir, moi.

Comment t’es-tu préparé et comment as-tu financé ton périple ? Avais-tu un budget défini et l’as-tu respecté ?

Quand j’ai décidé de partir, j’avais des économies d’Amsterdam (13ème mois + 2 mois de caution de l’appartement) et je comptais faire la saison d’été chez mes parents et partir 6 mois en voyage.

Au final, je me suis rendu compte que si j’enchainais avec une saison à la montagne à mon retour, je pourrais avoir le budget total pour un an autour du monde et je l’ai même dépassé.

Je me suis basé sur des informations trouvées sur les blogs, puis en achetant mes billets d’avion, l’assurance, etc. j’ai su à peu près combien ça allait me coûter. J’ai ensuite calculé un budget quotidien avec le reste, mais j’étais assez flexible. Je suis rentré un mois avant et je serais resté un mois de plus si j’avais pu. Je pense qu’il faut savoir improviser, même sur l’argent.

Comment as-tu sélectionné ce que tu allais emporter ?

Alors ça, c’était une partie plutôt compliquée pour moi ! J’avais demandé conseil à une amie qui était partie 6 mois avec son copain et elle m’avait déjà dit quel genre d’équipement privilégier sur les recherches que j’avais faites sur des blogs de gens qui avaient fait le tour du monde. Elle m’a dit ce qui était clairement de trop et ce qui était nécessaire.

Il y a beaucoup de choses dont je ne me suis jamais servi et encore, j’ai dû me forcer à ne pas trop prendre ! J’ai pris pas mal de médicaments, mais je ne m’en suis pas beaucoup servi.

Pour les habits, c’était un peu compliqué car il fallait prévoir pour toutes les saisons, mais au fur et à mesure que tu voyages, tu en laisses derrière toi et tu en rachètes si besoin, tu ne peux pas vraiment prévoir tout ça…

Quelles étaient tes craintes et tes attentes avant de partir ?

C’est difficile ! L’année durant laquelle j’ai préparé mon voyage, j’avais déjà beaucoup de questionnements, assez philosophiques ou spirituels. J’attendais vraiment que le voyage m’apporte quelque chose de plus là-dessus. J’avais aussi beaucoup d’attentes sur mes rencontres avec les gens bien sûr, je voulais voir le monde, découvrir d’autres points de vue. Enfin, j’avais beaucoup d’attentes envers moi-même, découvrir qui j’étais et peut-être savoir à la fin ce que j’aimerais faire vraiment.

Pour les craintes, comme tout le monde, je me suis dit que de se retrouver seul pendant un long moment, ça n’allait pas être facile. Il y avait aussi certains endroits où j’avais un peu peur de me rendre au niveau de la sécurité, mais ça s’est toujours bien passé !

J’avais peut-être aussi la crainte de la fin, avant même d’avoir commencé…

Avant de partir, je ne réalisais pas vraiment, ce qui fait que quand je me suis retrouvé seul dans l’avion et que je me suis dit « ça y est, je suis tout seul, et ça va durer 12 mois », je t’assure que les premiers vols ont été longs. C’est vraiment à mon arrivée en Inde que j’ai pris une claque.

Comment a réagi ta famille et tes proches ?

Ma famille et mes proches m’ont tous soutenu ! Je pense que mes parents me connaissent assez pour savoir que j’avais besoin d’explorer un peu et ils trouvaient que c’était un beau projet. S’ils ont eu peur de me voir partir seul, en tout cas ils ne l’ont pas dit. Par contre, j’ai appris après qu’il y avait certains endroits pour lesquels ils n’étaient pas forcément rassurés, dont la Colombie. Tu te rappelles, c’est là-bas que je me suis fait extorqué et c’est là que j’ai appris que ma mère était angoissée de me savoir là-bas. Ces craintes étaient finalement infondées car c’est l’un des endroits où je me suis senti le plus serein. J’imagine qu’il y a certains pays qui leur ont fait un peu peur, mais ils m’ont toujours encouragé.

Avant de partir, tu as créé le blog King of Spades pour raconter et illustrer ton tour du monde, peux-tu nous en dire plus ?

A la base, je détestais tellement mon boulot administratif à Amsterdam et je me rendais compte qu’il fallait que je fasse quelque chose de plus humain ou créatif, donc j’avais déjà envie d’explorer ce côté et de créer. Je me suis donc lancé dans le codage de mon site. Certes, ce n’était pas parfait, mais j’ai appris, de même que pour la photographie, j’ai tout pris de zéro.

Au-delà de cette démarche de création, je pense que j’avais envie de partager, notamment sur le sujet d’être en fin de vingtaine, d’être un peu perdu, d’avoir fait des études mais de se rendre compte que ce n’est pas trop ce qu’on veut faire…

Et puis, il y a bien sûr le côté voyage avec les photos et mes récits. J’ai créé le blog principalement pour ma famille et mes amis proches à la base, mais je voulais quand même partager mon expérience personnelle en plus du voyage.

Je pense qu’au final, c’était surtout pour avoir un challenge, un projet pendant mon voyage et avoir quelque chose de tangible à mon retour.

Site Flo 2

Site Flo 3

Site Flo 4

Qu’as-tu préféré dans ton expérience d’un an autour du monde ?

  • Les débuts, c’était le plus dur mais aussi et surtout le plus exaltant avec cette sensation de liberté totale.
  • Le moment où tu t’habitues à être sur la route et que tu apprécies chaque instant.
  • Les rencontres, forcément très important dans le voyage.
  • Certains lieux, comme Angkor Tom au Cambodge où les larmes me sont montées aux yeux quand je suis arrivé à la porte avec toutes les statues de visages.
  • Les visites à mes amis proches au Japon, Malaisie, Cambodge, Nicaragua, Myanmar et Pérou, dans leurs vies quotidiennes.
ANGKOR THOM.jpg
Angkor Thom au Cambodge

Quelles ont été les difficultés que tu as pu rencontrer et les moments les plus durs pendant ton voyage ?

  • Le seul vrai moment négatif que je garde c’est mon extortion à Bogota, en Colombie.
  • Les moments les plus durs sont ceux où j’ai été le plus seul, surtout après avoir rendu visite à mes amis justement. Je pense que ça dépend aussi beaucoup de la culture.
  • A mon arrivée au Vietnam, j’ai aussi eu un coup de mou, j’étais déshydraté et j’avais des soucis de tourista.
  • J’ai eu plus de mal en Amérique latine car, même si les gens peuvent être très chaleureux, les cultures sont plus proches de la nôtre qu’en Asie par exemple, et donc plus individualistes et parfois superficielles, et c’est plus facile de se sentir seul. Il y a aussi le fait qu’après plusieurs mois de voyage, j’étais plus fatigué et beaucoup de gens que j’ai rencontré commençaient leur voyage et avait encore l’excitation du début, donc j’avais du mal à créer du lien.
  • Une autre difficulté a été de voir le comportement de certains voyageurs Occidentaux, qui n’ont pas de vision égalitaire de l’être humain ou de notion de différence culturelle et considèrent certaines populations assez pauvres comme des « bêtes de foire »… Je n’exagère pas en disant cela, je l’ai vraiment vu de mes propres yeux. Cela m’a fait prendre conscience qu’en Occident nous avons une vue très ethnocentrique du monde.

As-tu une anecdote de voyage rigolote ou incongrue à partager ?

Alors, j’en ai deux à te raconter !

Quand j’étais en scooter à Sapa, au Vietnam, j’ai rencontré un Australien qui commençait à peine son tour du monde et son projet était de visiter 47 pays en 1 an ! Il voulait absolument qu’on se retrouve quelque part, donc il m’a donné son programme, mais c’était un truc impossible à suivre. J’imaginais son tour du monde à lui, toujours à courir après la montre…

Une autre anecdote qui n’est pas spécialement marrante : à Pékin, j’ai rencontré un couple de Français blogueurs à fond, qui passaient leur vie sur les réseaux sociaux pour se faire connaitre, assez imbuvables. Je les ai croisé de nouveau à Shangri-La, dans un monastère bouddhiste, et le gars a pris une photo à l’intérieur du temple alors que c’est interdit et qu’il y a des caméras de surveillance partout. C’est alors qu’un moine bouddhiste qui vendait des gri-gri à l’entrée du temple a vu la caméra et a mis une grosse claque à ce gars. Ca ne m’a pas fait rire sur le moment, mais quand j’y repense… ce couple qui a préféré avoir une photo pour leur blog plutôt que de respecter les interdictions locales…

Sapa
La région de Sapa au Vietnam

Quels ont été tes coups de cœur ?

Un pays : j’ai adoré la Colombie car j’en suis tombé amoureux et comme beaucoup de gens, je ne voulais plus repartir, mais je vais dire l’Inde, car c’est le pays qui m’a le plus fasciné, le plus impressionnant de tous.

Un lieu : sans hésiter, les temples d’Angkor au Cambodge. J’ai ressenti une telle émotion en arrivant sur le site ! J’avais aussi fait pas mal de recherches, donc j’explorais tous les muraux pour voir ce qu’ils signifiaient, j’ai adoré.

Une rencontre : là, ça se complique, je ne peux pas citer qu’une seule personne ! En dehors des amis que j’ai revu au cours de mon voyage, il y a trois situations auxquelles je pense :

  • La première, c’est en Inde. Après une semaine dans le pays, je suis parti à Munnar dans les montagnes et je me suis retrouvé dans une chambre d’hôtel à côté d’une chambre louée par cinq amis de fac qui se retrouvaient pour visiter Munnar ensemble avant de commencer leur vie professionnelle et se marier. C’était un peu leur dernière réunion entre mecs avant le début de la vie d’adulte. Ils m’ont invité à boire du whisky dans leur chambre, avant de m’emmener dîner et ils étaient tous hyper gentils.
  • Ma deuxième rencontre marquante s’est faite en Chine. Dans le train qui allait de Pékin à Chendgu, j’ai rencontré une femme qui se rendait dans le Sichuan pour rendre visite à ses parents et sa fille qui vivait avec eux. Pendant 6 mois de l’année, en hiver, elle emmenait sa fille vivre avec ses parents à cause du taux de pollution à Pékin. J’ai trouvé son histoire très touchante, car c’est un sacrifice ultime que de laisser son enfant 6 mois de l’année pour son bien…
  • La dernière rencontre à laquelle je pense, c’était ce guide indigène dans la cité perdue de la Sierra Nevada, à Santa Marta (Colombie), qui s’appelle Kankuemaku, mais qui se fait appeler Juan. Il m’a fait découvrir l’innocence et la gentillesse des gens qui habitent dans la forêt, et il y avait vraiment quelque chose de positif qui émanait de sa personne et rayonnait autour de lui.
Udaipur
Udaipur en Inde, le pays qui a le plus marqué Florent

Qu’as-tu retiré de cette expérience à titre personnel et peut-être de façon plus générale ?

A titre personnel, ce voyage m’a appris à être plus débrouillard et à me sentir à l’aise avec l’inconnu peu importe l’endroit. De façon plus générale, j’ai aussi appris à voir le monde de manière plus égalitaire, sans considérer que telle société ou culture est plus avancée qu’une autre, et en trouvant de la richesse dans la diversité.

On voit beaucoup d’articles sur la difficulté à retrouver le train-train quotidien une fois de retour au bercail. Comment le retour en France s’est-il passé pour toi ?

C’est intéressant parce qu’en effet, j’ai rencontré des gens qui sont passés par 2-3 mois de déprime à leur retour, mais ça ne s’est passé comme ça pour moi, mais je pense que le retour à la réalité est encore en train de se faire. C’est difficile de passer d’un contexte où tu bouges, tu vois beaucoup de choses, au retour à la maison, sans travail et sans activité. Ca a été un peu dur, mais je pense que je ne m’en suis pas rendu compte de suite.

Début février, je suis allé rendre visite à un ami proche qui s’est installé à Turin pour obtenir un diplôme. Il a pris son appart, s’est inscrit à la gym et a créé sa routine, et c’est là que je me suis rendu compte que j’étais toujours en train de me réadapter et que j’avais envie  et besoin de reprendre ma vie en main.

Pour résumer, je n’ai pas vécu de grosse déprime, mais je pense que j’étais dans une mauvaise dynamique à mon retour, et dans laquelle je suis encore je pense, car je n’ai pas encore de vie « à moi », même si c’est difficile à décrire.

Quels conseils pourrais-tu donner à ceux qui n’osent pas sauter le cap et se lancer dans un tour du monde en solitaire ?

Le plus dur de tout, c’est de se décider à partir, s’engager et de faire le premier pas. Une fois qu’on est lancé, tout se passe bien ! C’est ce que je dirais aux gens qui sont un peu anxieux de partir pour faire le tour du monde, et surtout de partir seul.

Et maintenant… quels sont tes projets ?

En rentrant, je suis reparti assez rapidement pour passer un mois au Liban, qui a été un peu la conclusion de mon voyage autour du monde. A la suite de ce voyage, j’ai entamé la rédaction d’un roman sur un réfugié syrien et dont une grosse partie du récit se déroule au Liban justement. C’est un projet, je ne sais pas s’il va aboutir, mais j’espère !

Mon autre projet est bien sûr de repartir ! Partir habiter dans un pays différent, hors de l’Europe, pour retrouver cet esprit nouveau que j’avais pendant mon voyage.

A part ça, je n’ai pas de projet fixe. Ce que le voyage m’a aussi appris, c’est que tu ne peux pas toujours tout prévoir, et il faut faire les choses comme elles viennent.

———

J’espère que cette interview vous aura plu, inspiré et pourquoi pas donné envie de partir faire le tour du monde !

Flo, un immense merci pour ta patience, ta confiance et ta générosité !

Son site : King of Spades / Facebook : King of Spades / Instagram : floalov

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